• Nicolas J. Preud'homme

Le Carnet Déborah : une initiative pour un christianisme éclairé

Dernière mise à jour : 27 oct. 2019



Le Carnet Déborah est une initiative chrétienne de réflexion critique et d’engagement solidaire promouvant dans l’Église et la société les idées et les actions d’un christianisme éclairé par la pensée, les arts et les sciences.

Inspiré des valeurs initiées par l’humanisme, les Lumières et la défense du progrès social, ce mouvement mène un combat pacifique contre l’obscurantisme, l’irrationnel, l’arbitraire et le fanatisme. Ses travaux entendent œuvrer pour un progrès de notre monde dans le sens d’un bien commun, porté par le renouvellement des savoirs, l’engagement social et le questionnement éthique.

Le Carnet Déborah est issu du Collectif du même nom, qui avait été créé sur mon initiative personnelle le 31 octobre 2017, exactement cinq-cents ans après que Luther eut placardé ses quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. Le défi qui se posait était d’engager un travail de réflexion auprès des fidèles de nos églises protestantes et évangéliques, face aux graves dérives que connaît aujourd’hui une partie du monde chrétien : inégalités entre hommes et femmes, concentration du pouvoir dans les mains du clergé et des hommes forts, règne de l’argent, quête égoïste de la prospérité et du pouvoir, culte autoritariste du leader, méfiance et hostilité à l’égard des autres confessions et courants de pensée, freins posés à la liberté d’expression, oubli des pauvres, des exclus et des opprimés à travers le monde, progression de l’obscurantisme, du conformisme de façade, de l’intolérance, rejet de la raison, de la beauté et du questionnement.

En créant ce collectif, je voulais susciter un mouvement qui accueillerait les initiatives, les projets, les voix des chrétiennes et des chrétiens désireux de s’unir pour changer les choses. J’avais observé, discuté, réfléchi avec mes connaissances et mes proches sur des idées qui, je le croyais, ouvraient un horizon plus vaste qu’une simple opinion particulière.

En quelques mois d’existence, le mouvement a produit ses premiers fruits encourageants. Malheureusement, il se trouvait fragilisé par plusieurs carences : le choix malencontreux de l’anonymat complet ou partiel des publications, qui a suscité méfiance et incompréhension ; le manque de participation, qui causait un déséquilibre entre ce qu’était censé représenter le collectif et son état réel de fonctionnement ; la forme même d’un collectif militant qui avait du mal à trouver sa place dans la culture institutionnelle de nos Églises. La faute m’en revient. Suite à une concertation que j’ai menée avec les personnes intéressées par l’initiative, il a été décidé de reconvertir le Collectif Déborah en un blogue qui demeure ouvert au débat et à la participation, mais dont j’assume désormais personnellement la rédaction et la supervision, à compter du 30 juin 2018.

Le Carnet Déborah doit son nom à celui d’une femme de la Bible, qui exerça les fonctions de juge et de prophétesse auprès des Israélites. Son histoire est racontée aux chapitres 4 et 5 du Livre des Juges, dans l’Ancien Testament. La figure de Déborah m’inspire dans cette action militante, car elle illustre pleinement l’idée que Dieu ne fait pas d’acception de personnes en accordant ses dons : les hommes comme les femmes détiennent les qualités et les prédispositions à enseigner, à exercer une autorité, à prendre des initiatives, à parler au nom de Dieu. Déborah s’illustra par son œuvre de médiatrice en rendant la justice, par ses encouragements à l’engagement au service de l’Éternel, par sa lutte indomptable pour la liberté de son peuple face à l’envahisseur Sisera et ses neuf-cents chars de fer. Le cantique que la Bible lui attribue est un hymne à la créativité artistique et poétique, louant les valeurs du courage et de l’engagement collectif contre l’oppression : “Quand un peuple se montre volontaire lui-même, bénissez-en l’Éternel !” (Juges 5 : 2).

La première figure d’exemplarité à laquelle se réfère le Carnet Déborah est cependant celui à qui la première place est due dans ma foi, Jésus de Nazareth, que je reconnais comme le Christ, le Fils de Dieu. Je constate aujourd’hui avec une vive inquiétude à quel point nombre de personnes se disant chrétiennes se comportent d’une manière fort étrangère à ce que le Christ enseignait et vivait lui-même, d’après ce qu’en rapportent les Évangiles. Je vois en Christ un dissident qui s’est dressé courageusement contre la tradition imposée par certains dirigeants religieux en quête de pouvoir, aveuglés par l’ambition égoïste, l’intolérance sectaire et l’hypocrisie morale. Je vois en Christ l’ami des exclus, des femmes, des étrangers, des pauvres, des malades, des personnes à la foi humble et ouverte. Je vois en Christ un homme de sincérité, qui exerce son esprit critique, appelle ses interlocuteurs au questionnement, promeut une foi curieuse, raisonnée, agile et mûrie, s’ouvre au dialogue avec l’autre, et reconnaît à la différence toute sa valeur.

Je ne prétends nullement détenir le monopole du cœur ou de l’intelligence. Il y a en-dehors de ce blogue beaucoup de belles initiatives, de beaux esprits et de cœurs honnêtes, heureusement ! Je n’oublie pas que nous devons toujours apprendre les uns des autres, Dieu distribuant ses dons à toutes ses créatures.

Mon blogue vous est ouvert si vous désirez réfléchir et partager avec moi sur ces idées et ces projets. Le respect de tout individu, y compris de celles et ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord, est un principe essentiel de mon action. L’initiative que j’engage entend se développer sans mettre avant de chef ou de leader charismatique, mais en cultivant des relations horizontales, égalitaires et fraternelles entre humains d’une même Terre.

Nicolas Joseph Preud’homme.