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Retracer l'histoire de l'Israƫl antique et de l'Ancien Testament

  • Photo du rĆ©dacteur: Nicolas J. Preud'homme
    Nicolas J. Preud'homme
  • 13 nov. 2019
  • 16 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 août 2020

Quand est apparu le judaïsme ? Quels étaient les cultes et les croyances des anciens Israélites ? Quand, comment et pourquoi la Bible hébraïque a-t-elle été écrite ?


Un documentaire rĆ©alisĆ© en 2008 par Gary Glassman, intitulĆ© dans sa version franƧaise "Les secrets rĆ©vĆ©lĆ©s de la Bible", confronte les analyses sur les textes religieux et les dĆ©couvertes archĆ©ologiques en Terre sainte depuis la fin du XIXe siĆØcle. Les fruits de cette collaboration entre chercheurs montrent qu'Ć  l'Ć©poque d'Abraham, la premiĆØre religion monothĆ©iste Ć©tait loin d'ĆŖtre une entitĆ© cohĆ©rente… La plupart des IsraĆ©lites ont, par exemple, longtemps adorĆ© des dieux cananĆ©ens Ć  travers des cultes polythĆ©istes. D'autre part, nombre d'entre eux pensaient que YahvĆ© avait une Ć©pouse, AshĆ©ra, qui Ć©tait elle-mĆŖme une idole vĆ©nĆ©rĆ©e. Ce n'est qu'Ć  la suite de la destruction de JĆ©rusalem que les juifs, exilĆ©s Ć  Babylone, ont rĆ©novĆ© leurs croyances pour confesser dĆ©sormais l'existence d'un dieu unique et universel. Ce fut aussi durant l'Exil (entre 587 et 538 avant J.-C.) qu'ont Ć©tĆ© rĆ©digĆ©s les cinq premiers livres de la Bible, Ć  partir de textes plus anciens et de traditions orales. Ces deux Ć©vĆ©nements tragiques - la perte de JĆ©rusalem et l'exil - constituĆØrent un terrain favorable Ć  l'Ć©mergence d'une religion connue sous le nom de judaĆÆsme, qui donna ensuite naissance au christianisme et Ć  l'islam.

Ce billet propose un compte-rendu illustrƩ de ce film documentaire.

DĆ©couverte en 1896 par l’archĆ©ologue Flinders Petrie dans la rĆ©gion de ThĆØbes, la stĆØle du pharaon MĆ©renptah, fils de RamsĆØs II, est exposĆ©e au MusĆ©e du Caire. Donald Redford (UniversitĆ© de Pennsylvanie) la dĆ©finit comme une stĆØle de victoires remportĆ©es par les Ɖgyptiens sur des peuples Ć©trangers. Un passage : Ā« Ashkelon est dĆ©portĆ©, on s’est emparĆ© de GuĆ©zer ; Yanoam [dans le nord de la vallĆ©e du Jourdain] a Ć©tĆ© conquis ; IsraĆ«l a Ć©tĆ© anĆ©anti, sa semence n’est plus Ā». Loin de marquer sa disparition, la stĆØle de MĆ©renptah marque l’apparition d’un groupe ethnique appelĆ© IsraĆ«l sur les montagnes du sud de Canaan. La stĆØle situe cette dĆ©faite d’IsraĆ«l en 1208 avant notre ĆØre.



Extrait de la stèle de Mérenptah mentionnant le nom d'Israël


Peter Machinist (UniversitĆ© de Harvard), explique la place d'IsraĆ«l dans l'histoire du Proche-Orient ancien. Ā« Pour comprendre les rapports d’IsraĆ«l avec les grandes puissances qu’étaient l’Égypte d’un cĆ“tĆ© et la MĆ©sopotamie de l’autre, il faut mesurer la conscience qu’avait son peuple de sa fragilitĆ©. Ā» Ā« Pour la Bible, IsraĆ«l, c’est avant tout un peuple qui est venu s’établir sur la terre d’IsraĆ«l. Cet Ɖtat n’était pas peuplĆ© d’indigĆØnes. Ā»

Dans la GenĆØse, Dieu conclut une alliance avec Abraham : en l’échange d’un culte rendu par Abraham et ses descendants, il accorde la Terre Promise Ć  son peuple Ć©lu. Ces rĆ©cits ne sont corroborĆ©s par aucun Ć©crit contemporain ou matĆ©riel archĆ©ologique.


Le rapport entre Bible et archĆ©ologie est Ć©voquĆ© d’emblĆ©e par William G. Dever (UniversitĆ© de l’Arizona) : Ā« On ne peut pas ignorer le texte biblique, surtout si on parvient Ć  isoler un noyau de vĆ©ritĆ©. Et puis, on a les donnĆ©es archĆ©ologiques. Et que se passe-t-il lorsque le texte et l’artefact indiquent la mĆŖme direction ? On est alors sur des bases solides du point de vue historique Ā». Ā« Les rĆ©dacteurs de la Bible hĆ©braĆÆque racontaient seulement les anecdotes. C’était de bons historiens capables de rapporter les faits tels qu’ils Ć©taient, mais ils visaient tout autre chose Ā».

David Ilan (Hebrew Union College) est plus critique Ć  l’égard de l’apport du texte biblique en matiĆØre d’informations fiables : Ā« Plus on remonte dans le texte biblique, plus il est difficile d’y trouver du matĆ©riel historique. Les patriarches sont Ć©voquĆ©s dans la GenĆØse. La GenĆØse est avant tout un recueil de mythes et de rĆ©cits de la crĆ©ation. Il est extrĆŖmement difficile d’y trouver un noyau historique Ā».

Mettant de cĆ“tĆ© le concept moderne distinguant le rĆ©el de l’imaginaire, les chercheurs s’attachent plutĆ“t Ć  enquĆŖter sur les conceptions que les auteurs de la Bible entendaient faire passer.

Michael Coogan (Stonehill College) rappelle que c’est au XVIIe siĆØcle que les premiĆØres critiques commencĆØrent Ć  remettre en cause l’idĆ©e longtemps tenue par les rabbins selon laquelle MoĆÆse aurait Ć©crit le Pentateuque.


Des contradictions internes aux textes peuvent être repérées, comme par exemple pour le récit donné dans la Genèse sur le Déluge.

Ā· Selon un passage de la GenĆØse (6 : 19), NoĆ© aurait emmenĆ© deux paires d’animaux de chaque espĆØce dans son Arche ; un autre passage (GenĆØse 7 : 2) parle de sept paires pour les animaux purs et une paire pour les animaux impurs.

· Deux versets (Genèse 7 : 4 et 12) avancent que le déluge aurait duré 40 jours et 40 nuits ; un autre verset parle de 150 jours (Genèse 7 : 24).

Deux versions diffĆ©rentes de l’histoire du DĆ©luge s’entrecroisent sur la mĆŖme page, montrant ainsi la pluralitĆ© des auteurs bibliques.


Dans les cinq premiers livres, La thĆ©orie documentaire avance quatre groupes d’historiens qui auraient Ć©crit Ć  plusieurs siĆØcles d’écart. Le Pentateuque serait ainsi une anthologie rĆ©visĆ©e et corrigĆ©e progressivement par plusieurs mains.


Tell Zayit, frontiĆØre sud-ouest de l’ancien royaume de Juda. Lors des fouilles menĆ©es en 2005 par Ron Tappy (Pittsburgh Theological Seminary), les archĆ©ologues dĆ©couvrirent une pierre portant une inscription qui s’avĆ©rait ĆŖtre un abĆ©cĆ©daire. Ce document Ć©pigraphique atteste une activitĆ© scribale, forme primitive de l’alphabet hĆ©breu.

Le site des fouilles de Tell Zayit


L'abĆ©cĆ©daire de Tell Zayit est le plus ancien alphabet hĆ©braĆÆque dĆ©couvert Ć  ce jour, datant de 1000 avant J.-C. Il est donc possible que la rĆ©daction de certains textes hĆ©braĆÆques aient commencĆ© Ć  cette Ć©poque. Dans toute la Bible, l’Exode hors d’Égypte est l’évĆ©nement le plus mentionnĆ© dans les rĆ©cits. Le Cantique de la Mer Rouge (Exode 15 :1-18) pourrait avoir Ć©tĆ© Ć©crit vers l’an 1000. Mais il n’existe aucune confirmation archĆ©ologique ou historique de l’Exode en tant qu’évĆ©nement.

L'abƩcƩdaire de Tell Zayit.


Pitom et Pi-RamsĆØs sont deux citĆ©s mentionnĆ©es dans l’Exode qui se trouvent Ć©galement attestĆ©es dans d’autres sources. Un recoupement a Ć©tĆ© fait entre Tanis et Pi-RamsĆØs, Ā« ville de RamsĆØs Ā». L'annĆ©e 1275 avant notre ĆØre vit l'avĆØnement de RamsĆØs II. Quelques dĆ©cennies plus tard, en 1208, IsraĆ«l est mentionnĆ© sur la stĆØle de MĆ©renptah. L’Exode aurait-il lieu entre ces deux dates ? Le problĆØme est qu’aucun site archĆ©ologique n’a fourni la trace d’une migration israĆ©lite. Carol Meyers (Duke University) insiste sur l’importance du rĆ©cit de l’Exode dans la construction des idĆ©es de libertĆ© et d’indĆ©pendance dans le systĆØme de valeur des IsraĆ©lites.


L’archĆ©ologue John Garstang (1876-1956)


Amnon Ben-Tor (Hebrew University of Jerusalem) a fouillé le site d'Hazor. Dans cette ancienne cité a été révélé un palais cananéen où se voient plusieurs traces de destruction.


Le site d'Hazor



Une statue de divinitƩ profanƩe au milieu des cendres de Hazor.


La profanation d'une statue de divinitĆ© retrouvĆ©e au milieu des dĆ©combres de Hazor rĆ©sulte vraisemblablement d'un acte commis par les vainqueurs lors de la destruction de la citĆ©. S’agit-il des Ɖgyptiens ? Ceux-ci ne mentionnent pas la conquĆŖte de Hazor. Les IsraĆ©lites sont, pour Amnon Ben-Tor, les principaux suspects pour la destruction d’Hazor.


Fouilles d’AĆÆ dans l’actuelle Cisjordanie.


Cependant, les fouilles ont montrĆ© que la destruction d’AĆÆ date de 2200 av. J.-C., celle de JĆ©richo Ć  1500 av. J.-C., celle de Hazor de 1250 av. J.-C. Les trois citĆ©s-Ɖtats n’ont donc pas Ć©tĆ© incendiĆ©es en mĆŖme temps. Au contraire, prĆØs de mille ans sĆ©parent leur disparition. Sur les 31 sites que JosuĆ© est censĆ© avoir conquis, presque aucune trace de conflit armĆ© ou de destruction, comme le fait remarquer William G. Dever. L’arrivĆ©e des IsraĆ©lites en Canaan ne peut donc pas ĆŖtre le rĆ©sultat d’une vaste campagne militaire menĆ©e par JosuĆ©. Seule la stĆØle de MĆ©renptah atteste une prĆ©sence israĆ©lite liĆ©e Ć  Canaan autour de 1200 avant notre ĆØre.


Pour Sharon Zuckerman, la destruction finale se traduit par la mutilation des statues de roi et de dieu. Or, sur Hazor, il n’y a pas eu de combat car on n’a pas trouvĆ© d’armes dans les rues. Pas d’invasion. Sur l’acropole d’Hazor, il y a des quartiers dĆ©labrĆ©s et d’autres abandonnĆ©s. Elle privilĆ©gie donc plutĆ“t la thĆØse d’une culture en dĆ©clin et d’une insurrection populaire. Des CananĆ©ens vivant Ć  Hazor se seraient rebellĆ©s contre l’aristocratie rĆ©gnant sur la ville. Tout le systĆØme cananĆ©en des citĆ©s Ɖtats s’effondre.


Une longue pĆ©riode d’agitation et de dĆ©clin a balayĆ© les empires de MĆ©sopotamie, d’Egypte et de mer ƉgĆ©e autour de 1200 avant notre ĆØre. Une fois le calme revenu, plusieurs nouveaux peuples occupent le territoire de ces anciennes citĆ©s Ɖtats. Dans les annĆ©es 1970, les archĆ©ologues encadrĆ©s par IsraĆ«l Finkelstein font des relevĆ©s Ć  travers le territoire montagneux de Cisjordanie. La datation des cĆ©ramiques rĆ©vĆØle que jusqu’en 1200 av. J.-C., il y avait environ 25 villages abritant entre 3000 et 5000 habitants . ƀ peine 200 ans plus tard, on constate un boum dĆ©mographique : 250 villages, 45 000 habitants. Cela ne peut pas s’expliquer par un simple accroissement naturel. Ce serait alors liĆ© Ć  l’installation de groupes Ć©pars en plusieurs vagues.


Amnon Ben Tor prĆ©sente dans ce documentaire les maisons typiquement israĆ©lites. Il s'agit de villages avec des constructions assez Ć©galitaires, sans monument majeur, des objets sans raffinement. Cette culture matĆ©rielle ressemble beaucoup Ć  celle des CananĆ©ens. Seule l’architecture des habitations change. La plupart des IsraĆ©lites seraient des CananĆ©ens dispersĆ©s, selon William G. Dever. Une rĆ©volution sociale et Ć©conomique aurait prĆ©sidĆ© Ć  l'ethnogenĆØse des IsraĆ©lites. Des CananĆ©ens, lassĆ©s de la pression fiscale des Ɖgyptiens et de l’oppression politiques, en quĆŖte d’une vie meilleure, auraient abandonnĆ© leurs citĆ©s-Ɖtats pour partir dans les collines de la ShĆ©phĆ©lah, avant de rĆ©apparaĆ®tre sous un nouveau nom, les IsraĆ©lites.



Ancienne maison israƩlite dans le massif de collines de la ShƩphƩlah.



Villages israélites vers 1200 avant notre ère.


Villages israélites vers 1000 avant notre ère.


D’aprĆØs les fouilles, l’essor d’IsraĆ«l est la consĆ©quence de l’effondrement des citĆ©s cananĆ©ennes, et non pas la cause : c’est donc l’inverse de ce que dit le texte biblique.

L’Ancien Testament s’attache Ć  considĆ©rer les IsraĆ©lites comme des Ć©trangers s’implantant en Canaan, avec Abraham, Jacob, MoĆÆse, JosuĆ©. Les villages israĆ©lites se dĆ©marquent dans leur culture matĆ©rielle des riches Ć©laborations de la culture cananĆ©enne : on n'y trouve pas de cĆ©ramique peinte ni importĆ©e. Avraham Faust (Bar-Ilan UniversitĆ©) insiste sur cette stratĆ©gie de rupture avec le passĆ©. Pour se dĆ©finir, les IsraĆ©lites se sont donc dĆ©marquĆ©s des CananĆ©ens.

La Bible insiste sur la particularitĆ© monothĆ©iste des IsraĆ©lites. Dans les Ć©crits de l'Ancien Testament, les quatre lettres Yhwh transcrivaient le nom propre du Dieu d’IsraĆ«l, dont la sacralitĆ© le rendait imprononƧable pour les rabbins.


En quĆŖte des origines de YahvĆ©, Donald Redford (Pennsylvania State University) examine un bas-relief de victoire de SĆ©ti Ier sur les Chassous, un peuple du dĆ©sert de JudĆ©e, au sud. Les Chassous Ć©taient des nomades vivant dans l’actuelle sud de la Jordanie et nord de l’Arabie Saoudite Ć  peu prĆØs Ć  l’époque où les IsraĆ©lites sont apparus. Or, dans les textes Ć©gyptiens Ć  propos des Chassous, il est question d’un camp de Chassous dans un endroit appelĆ© Yhw ; ce nom Ć©tait probablement celui de leur dieu protecteur. Et ce nom ressemble fort Ć  celui de Yhwh chez les IsraĆ©lites. Dans la pratique, la plupart des IsraĆ©lites n’étaient pas monothĆ©istes.


Statuette de taureau d’El, idole du panthĆ©on cananĆ©en exhumĆ©e sur site israĆ©lite.


Tell Dan.


Le premier abĆ©cĆ©daire hĆ©braĆÆque trouvĆ© par Ron E. Tappy (Pittsburgh Theological Seminary) Ć  Tell-ZaĆÆt a Ć©tĆ© rĆ©utilisĆ© comme pierre de remploi dans un mur. Le site se trouve Ć  la frontiĆØre occidentale du royaume d’IsraĆ«l. Il devait vraisemblablement y avoir des scribes dans la capitale du royaume israĆ©lite du Nord.


Au XVIIIe siĆØcle, les philologues allemands Ć©claircissent en partie le mystĆØre des auteurs de la Bible Ć  partir des deux mots utilisĆ©s pour dĆ©signer Dieu. Michael Coogan fait remarquer que certains passages de la Bible parlent de Dieu comme YahvĆ© ; ils rattachent ces passages Ć  la source J ; d’autres passages mentionnent Dieu sous le nom d’Elohim : c’est la source E. En s’inspirant des poĆØmes et des chants transmis par les gĆ©nĆ©rations, chaque auteur compose son rĆ©cit sur cette mĆ©moire commune.



StĆØle de Tell Dan mentionnant la "Maison de David".


En 2005, l’archĆ©ologue israĆ©lienne Eilat Mazar (Shalem Center) obtient l’autorisation de commencer des fouilles sur la partie la plus ancienne de JĆ©rusalem, la CitĆ© de David. Des remparts ont Ć©tĆ© dĆ©gagĆ©s. Eilat Mazar estime avoir exhumĆ© Ć  peine 20% du complexe de fortifications ; pour elle, cela ne peut ĆŖtre qu’une structure royale.



L'archƩologue Eilat Mazar sur le site de la CitƩ de David.


Le problĆØme est que l’âge des pierres elles-mĆŖmes ne peut ĆŖtre Ć©tabli ; pour cela, il faut recourir Ć  la datation de la cĆ©ramique. Pour dater la cĆ©ramique, il faut tenir compte de l’évolution des styles et de la strate dans laquelle la cĆ©ramique a Ć©tĆ© retrouvĆ©e. En examinant les poteries retrouvĆ©es sur un site bien stratifiĆ©, une chronologie de rĆ©fĆ©rence est Ć©tablie par les stratigraphistes et les spĆ©cialistes de la cĆ©ramique ; mais cette chronologie est flottante et ne s’appuie sur aucune date fixe. William Foxwell Albright, pĆØre de l’archĆ©ologie biblique, s’est basĆ© sur des sources littĆ©raires pour Ć©tablir une chronologie de rĆ©fĆ©rence ; celle-ci, modifiĆ©e, fait encore rĆ©fĆ©rence aujourd’hui.

Pour Eilat Mazar, le palais qu’elle a exhumĆ© avec son Ć©quipe est celui de David, les poteries censĆ©es dater du Xe siĆØcle avant notre ĆØre, suivant la chronologie d’Albright. Mais certains archĆ©ologues comme IsraĆ«l Finkelstein dĆ©noncent cette chronologie principalement fondĆ©e sur la Bible.



Reconstitution du palais judƩen de la CitƩ de David.


La datation par radiocarbone est plus rigoureuse. Si on retrouve un reste vĆ©gĆ©tal ou animal sur le site, on peut utiliser le carbone qu’il contient pour dater la strate : en mesurant la proportion de carbone 14 par rapport Ć  celle du carbone 12, on analyse le stade de dĆ©composition de l’organisme et on Ć©tablit ainsi une chronologie. Ces recherches montrent que le style de cĆ©ramique qu’associait Albright Ć  la pĆ©riode de David et de Salomon date en fait de 75 ans plus tard, soit donc Ć  l’époque du roi Omri, de son fils Achab, au IXe siĆØcle avant notre ĆØre.


IsraĆ«l Finkelstein considĆØre ainsi que David n’était pas Ć  la tĆŖte d’un grand royaume, mais d’une petite chefferie, un seigneur de guerre dont la capitale, JĆ©rusalem, serait un simple hameau. C’est ce qu’avance la datation au carbone 14.

Cependant, d’autres Ć©quipes, analysant les datations au carbone 14, considĆØrent bien que le palais de la CitĆ© de David et l’abĆ©cĆ©daire de Ron Tappy pourraient dater du Xe siĆØcle, l’époque de David et Salomon. La datation par radiocarbone contient une marge d’erreur de plus ou moins trente ans. On ne peut donc dĆ©terminer avec certitude par le carbone 14 si le royaume de David Ć©tait aussi prospĆØre que le dit la Bible.


L’archĆ©ologue YigaĆ«l Yaddin, le prĆ©dĆ©cesseur d’Amnon Ben Tor, directeur des fouilles de Hazor, pense avoir trouvĆ© une construction de Salomon, une porte Ć  triple tenaille.



Amnon Ben Tor sur la porte Ć  triple tenaille d’Hazor.



L’archĆ©ologue, politicien et militaire israĆ©lien YigaĆ«l Yadin (1917-1984)


La porte d’Hazor prĆ©sente un plan similaire Ć  celle de Megiddo et Ć  celle de Gezer. On aurait donc de grandes constructions Ć©manant d’un pouvoir central, au nord, au centre et au sud de Canaan. Serait-ce la preuve d’un royaume unique correspondant Ć  la royautĆ© de David et de Salomon ?

Relief du pharaon Sheshonq qui envahit IsraĆ«l. La Bible situe cet Ć©vĆ©nement cinq ans aprĆØs la mort de Salomon, sous le rĆØgne de son fils Roboam. Sheshonq aurait pillĆ© JĆ©rusalem (1 Rois, 14, 25-26). Donald Redford estime que cet Ć©vĆ©nement est l’un des premiers où histoire biblique et histoire Ć©gyptienne se recoupent. La chronologie Ć©gyptienne date de 925 avant J.-C. la campagne de Sheshonq. Si on admettait l’historicitĆ© de Salomon, celui-ci aurait donc rĆ©gnĆ© au Xe siĆØcle avant notre ĆØre, jusqu’en 930 av. notre ĆØre.



Prisonniers enchaînés sur le relief célébrant la victoire de Sheshonq en 925 avant notre ère.


William G. Dever identifie sur le site de GuĆ©zer des traces de destructions qu’il relie Ć  la campagne dĆ©vastatrice de Sheshonq. La prĆ©sence d’une porte monumentale Ć  GuĆ©zer serait donc Ć  placer au Xe siĆØcle avant notre ĆØre, avant cette campagne de Sheshonq.



Le site archƩologique de GuƩzer.



Reconstitution du Temple de JĆ©rusalem Ć  l’époque du royaume de Juda.


Ce temple n’a pas grand-chose Ć  voir avec le judaĆÆsme moderne. C’est un culte de YahvĆ© conƧu comme divinitĆ© suprĆŖme qui s’articule sur un Temple censĆ© avoir Ć©tĆ© bĆ¢ti par Salomon, fils de David.

L’aspect extĆ©rieur du Temple et son fonctionnement. Les archĆ©ologues pensent savoir où se trouvent les ruines : enfouies sous l’actuel DĆ“me du Rocher. On n’a pas encore retrouvĆ© la moindre pierre du Temple de Salomon. La Bible en fournit cependant une traduction dĆ©taillĆ©e. Le temple de Salomon ressemble aux temples paĆÆens des peuples voisins, presque identique Ć  celui d’AĆÆn Dara au nord de l’actuelle Syrie. Le plan au sol est presque le mĆŖme, et on a retrouvĆ© des chĆ©rubins sur celui d’AĆÆn Dara. Sur le sol, des empreintes de pieds reprĆ©sentent les traces censĆ©es avoir Ć©tĆ© laissĆ©es par le dieu lors de sa progression vers le sanctuaire.


Vestiges de l'ancien temple d'AĆÆn Dara en Syrie


Chérubins du temple d'Aïn Dara


Lawrence Stager (Harvard University) pense que les donnĆ©es de la Bible croisĆ©es avec les observations sur le temple d’Ain Dara donnent une idĆ©e assez prĆ©cise sur ce que devait ĆŖtre le temple de la CitĆ© de David.


Reconstitution de la Cour du Temple de JƩrusalem



Reconstitution du Lieu Saint dans le Temple de JƩrusalem.


Reconstitution du Saint des Saints dans le Temple de JƩrusalem.


Sur le mont Garizim, en Palestine, se tient un rite encore pratiquĆ© par les Samaritains, une communautĆ© de croyants affirmant ĆŖtre les descendants directs des premiĆØres tribus d’IsraĆ«l. Ils pratiquent une forme archaĆÆque du culte israĆ©lite : le sacrifice animal.

AssemblƩe de Samaritains.

Le sacrifice d’animaux se base sur la valeur symbolique du sang, principe de vie, Ć©lĆ©ment sacrĆ© du monde humain.

Amihai Mazar prĆ©sente une de ces dĆ©couvertes : une statuette d’argile retrouvĆ©e dans une maison israĆ©lite de Tell-Rehov reprĆ©sentant une divinitĆ© de la fertilitĆ©, qui tient un bĆ©bĆ© dans ses bras.


Divinité païenne de Tell-Rehov présentée par Amihai Mazar.


En 1968, William G. Dever fouillait un site funĆ©raire du sud d’IsraĆ«l lorsqu’un habitant lui apporte une pierre qui avait Ć©tĆ© volĆ©e dans un tombeau. C’est une Ć©pitaphe du VIIIe siĆØcle : Ā« puisse-t-il ĆŖtre bĆ©ni par YahvĆ© et son AshĆ©ra Ā». YahvĆ© n’était donc pas perƧu comme Dieu unique par les premiers IsraĆ©lites. YahvĆ© avait une parĆØdre, une Ć©pouse : AchĆ©ra. La Bible reconnaĆ®t certes que les IsraĆ©lites honoraient d’autres dieux que YahvĆ©.


Ɖpitaphe du VIIIe siĆØcle avant notre ĆØre retrouvĆ©e dans le sud d'IsraĆ«l par W. G. Dever.


Selon les livres des Rois et des Chroniques dans la Bible, peu aprĆØs la mort de Salomon, les dix tribus du Nord se rĆ©voltent et forme le royaume d’IsraĆ«l. Une pĆ©riode de coexistence entre le royaume de Juda et celui d'IsraĆ«l s'inscrit entre le Xe et la fin du VIIIe siĆØcle.

La formation de l’empire assyrien constitua une nouvelle menace pour les royaumes de Canaan. Les bas-reliefs assyriens dĆ©crivent en dĆ©tail leur suprĆ©matie sur IsraĆ«l et sur Juda.


La Bible rapporte une rĆ©forme religieuse menĆ©e par le roi Josias Ć  la fin du VIIe siĆØcle avant J.-C. Josias aurait lu un livre de la Loi. Ce serait le DeutĆ©ronome. La source D selon les philologues adeptes de la thĆ©orie documentaire. D reprend l’histoire de l’Exode et renouvelle l’alliance conclue entre les HĆ©breux et les IsraĆ©lites.

DeutĆ©ronome insiste sur le fait que seul le Dieu d’IsraĆ«l doit ĆŖtre honorĆ©. Le Livre du DeutĆ©ronome contient les dix commandements avec l’interdiction catĆ©gorique d’honorer d’autres dieux (Deut 5, 6-9). Ces commandements se retrouvent aussi dans le livre de l’Exode. Un code universel de moralitĆ© et de justice qui eut une rĆ©percussion considĆ©rable sur le monde occidental.


En 586 av. J.-C., aprĆØs avoir battu les Assyriens, un nouvel Empire, les Babyloniens, conquiert Juda, assiĆØge et prend JĆ©rusalem, brĆ»lant les yeux et dĆ©portant en captivitĆ© le roi SĆ©dĆ©cias. Les prĆŖtres, les prophĆØtes et les scribes israĆ©lites sont enchaĆ®nĆ©s et emmenĆ©s Ć  Babylone. Les textes babyloniens confirment la prĆ©sence de dĆ©portĆ©s judĆ©ens parmi l’entourage du roi. Certains manuscrits anciens ont pu ĆŖtre sauvĆ© des flammes de JĆ©rusalem. Selon la thĆ©orie documentaire, c’est Ć  Babylone que les prĆŖtres et les scribes auraient produit la majeure partie de la Bible hĆ©braĆÆque : ce groupe d’auteurs est considĆ©rĆ© comme la source P, ou source sacerdotale. Cette compilation aurait donnĆ© lieu au Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible. Le chapitre 17 de la GenĆØse prescrit la circoncision comme valeur d’alliance : cela ne concernerait pas tant Abraham que les dĆ©portĆ©s qui lisaient ce texte, et qui cherchaient un signe physique capable de reprĆ©senter loin de JĆ©rusalem leur appartenance Ć  la communautĆ© israĆ©lite. Les Babyloniens font figure pour les dĆ©portĆ©s israĆ©lites de nouveaux paĆÆens avec lesquels ils ne doivent pas se mĆ©langer. Ce n’est pas une coĆÆncidence si P fait naĆ®tre Abraham Ć  Ur, Ć  quelques kilomĆØtres au sud de Babylone. Le voyage d’Abraham d’Ur vers Harran puis Canaan reprĆ©senterait l’espoir d’un retour des dĆ©portĆ©s israĆ©lites en Terre Promise.


Pour s’assurer la protection divine de YahvĆ©, la source P met en avant les prescriptions religieuses comme le Shabbat, les rĆ©unions de priĆØre dans ce qui devint plus tard la synagogue. C’est pendant la pĆ©riode de l’Exil que les IsraĆ©lites affirment leur foi monothĆ©iste et dĆ©sormais juive. L’expĆ©rience de l’Exil transforme un culte de YahvĆ© en une religion monothĆ©iste articulĆ©e dont les formes demeurent principalement encore aujourd’hui.


Fort peu de manuscrits datant de cette pĆ©riode de l’Exil ont Ć©tĆ© dĆ©couverts. Les Manuscrits de la Mer Morte sont pour l’essentiel postĆ©rieurs, les plus anciens dĆ©couverts datant des IIIe et IIe siĆØcles avant notre ĆØre. DĆ©couverts dans une grotte dĆ©sertique prĆØs de la Mer Morte, leur contenu a bĆ©nĆ©ficiĆ© d’un Ć©tat exceptionnel de conservation. NĆ©anmoins, il est fort probable d’imaginer que la tradition judaĆÆque s’est fixĆ©e bien avant le IIIe siĆØcle av. J.-C.

Est Ć©voquĆ©e Ć  la fin du documentaire une tendance historiographique rĆ©visionniste, considĆ©rant les textes de la Bible comme pure fiction, rĆ©invention complĆØte d’un passĆ© israĆ©lite totalement imaginaire. Cette opinion extrĆŖme peut ĆŖtre rĆ©futĆ©e par les recherches sur l’IsraĆ«l ancien dĆ©voilant certaines correspondances avec les textes bibliques.


La lĆ©gitimitĆ© du passĆ© israĆ©lite repose sur la dĆ©couverte d’un Ć©lĆ©ment pouvant prouver un Ć©tat ancien des textes bibliques. Au pied du rempart de JĆ©rusalem, dans un vieux cimetiĆØre, se trouvent sept grottes mortuaires datant du septiĆØme siĆØcle av. J.-C., Ć  peu prĆØs Ć  l’époque du roi Josias. Avant les fouilles, ces grottes avaient Ć©tĆ© pillĆ©es ; les archĆ©ologues n’en attendaient donc pas grand chose. Un jeune garƧon Ć¢gĆ© de 13 ans, employĆ© comme bĆ©nĆ©vole, a Ć©tĆ© chargĆ© de nettoyer la tombe pour prendre des photographies. Au lieu de quoi, comme il s’ennuyait et qu’il Ć©tait seul, il s’est mis Ć  frapper le sol avec un marteau ; or le sol Ć©tait en fait un plafond affaissĆ© qui se brisa sous les coups du marteau. Dans cette cavitĆ© furent trouvĆ© des objets qui avaient Ć©chappĆ© aux pillards. Parmi les objets gravĆ©s se trouvait un cylindre de 2,5 cm de long et de 1 cm de diamĆØtre, fait d’argent, une sorte de rouleau minuscule. Un autre rouleau d’argent lĆ©gĆØrement plus petit est Ć©galement trouvĆ©. Les deux petits manuscrits sont envoyĆ©s au musĆ©e d’IsraĆ«l.


Rouleaux miniatures du VIIe s. av. J.-C. retrouvƩes dans une grotte de JƩrusalem.


Andrew G. Vaughn (American Schools of Oriental Research) a participĆ© Ć  l’étude de petits manuscrits enroulĆ©s pour servir d’amulettes, avec l’archĆ©ologue Gabriel Barkay et son Ć©quipe. Les spĆ©cialistes mettent au point un procĆ©dĆ© mĆ©ticuleux de restauration pour dĆ©rouler les rouleaux et rĆ©vĆ©ler leur contenu. Le texte consiste en une priĆØre Ć  Dieu Ć©tonnamment familiĆØre, que l’on rĆ©cite encore dans les synagogues et les Ć©glises : Ā« Que le Seigneur te bĆ©nisse et te garde. Que le Seigneur fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grĆ¢ce. Que le Seigneur porte sur toi son regard et te donne la paix. Ā» (Nombres 6, 24-26). Ces deux amulettes contiennent donc la bĆ©nĆ©diction sacerdotale du livre des Nombres. C’est la plus ancienne trace du texte biblique. On a trouvĆ© ces amulettes avec des poteries datant du VIIe siĆØcle av. J.-C. La palĆ©ographie atteste Ć©galement la datation du VIIe siĆØcle avant notre ĆØre. Ce tĆ©moignage antĆ©rieur de quatre siĆØcles aux premiers tĆ©moignages des manuscrits de la Mer Morte recule donc de plusieurs siĆØcles les premiĆØres traces de rĆ©daction de certains livres bibliques : une partie de l’Ancien Testament a Ć©tĆ© Ć©crite sous les descendants du roi David, avant la destruction de JĆ©rusalem par les Babyloniens. C’est cependant pendant l’Exil babylonien que la Torah a pris sa forme finale. Dans la Bible, le livre d’Esdras avance que ce dignitaire juif avait un exemplaire de la Torah lors de son retour Ć  JĆ©rusalem.


Photographie et mesure de l'un de ces rouleaux


Dans l’AntiquitĆ©, la destruction d’un pays par un envahisseur Ć©tranger signifiait que les dieux des vainqueurs Ć©taient supĆ©rieurs aux dieux des vaincus. La chute de JĆ©rusalem a donc constituĆ© un grand traumatisme dans les mentalitĆ©s des IsraĆ©lites. Comme l’explique Peter Machinist et William G. Dever, les IsraĆ©lites, en ont dĆ©duit que le polythĆ©isme a entraĆ®nĆ© leur chute. AprĆØs la destruction de JĆ©rusalem, plus aucune trace de sanctuaires ou d’idoles polythĆ©istes n’est repĆ©rĆ©e sur les sites archĆ©ologiques, ainsi que l’affirme Ephraim Stern (Hebrew University of Jerusalem). Ce constat atteste l’ampleur de cette rĆ©volution religieuse traduisant l’avĆØnement du judaĆÆsme monothĆ©iste.


Le documentaire de Gary Glassman offre au grand public un aperçu dense, précis et bien documenté de la recherche sur l'ancien Israël et l'Ancien Testament. La période des deux royaumes de Juda et d'Israël entre le Xe et le VIIIe siècle avant notre ère aurait pu être davantage traitée, étant donné qu'elle a laissé un certain nombre de traces dans la documentation archéologique comme dans les chroniques bibliques et qu'elle a notamment vu la formation de plusieurs traditions relatives aux patriarches ainsi que l'émergence des mouvements prophétiques. D'autre part, les considérations relatives à la théorie documentaire sur les sources du Pentateuque apparaissent aujourd'hui plutÓt datées en raison des avancées récentes de la critique textuelle.


Billet de Nicolas Preud'homme.


Source : Gary Glassman, Les secrets rƩvƩlƩs de la Bible, documentaire d'histoire diffusƩ sur la chaƮne tƩlƩvisƩe Arte.



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